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Malocclusion dentaire : Causes et corrections

Medical illustration of a child's side profile demonstrating three types of malocclusion, revealing the underlying jaw and skeletal structure beneath translucent skin.

Indice

La malocclusion dentaire est la façon clinique de désigner un « mauvais engrènement » : les dents du haut et celles du bas ne se rencontrent pas correctement lorsque la mâchoire est fermée. C’est l’un des motifs de consultation les plus courants en dentisterie, allant d’un léger décalage sans conséquence à un trouble qui gêne la mastication, la parole ou la santé bucco-dentaire à long terme.

Quatre repères utiles avant d’aller plus loin :

  • Une malocclusion peut concerner uniquement les dents, uniquement les mâchoires, ou les deux à la fois.
  • Elle peut être corrigée à pratiquement tout âge.
  • Elle est le plus souvent héréditaire, mais certaines habitudes et certains traumatismes peuvent la provoquer ou l’aggraver.
  • C’est la sévérité du cas qui détermine si le traitement est médicalement nécessaire ou simplement souhaitable.

Types et classes de malocclusion

Medical illustration showing three different types of malocclusion in a child's jaw profile, including a normal bite, overbite, and underbite.

La classification d’Angle (classes I, II et III) constitue le véritable système de diagnostic. Publiée en 1899 par le dentiste américain Edward Angle, aujourd’hui considéré comme le père de l’orthodontie moderne, elle reste la référence dans le monde entier et repose sur la façon dont les molaires du fond s’emboîtent entre elles.

Supraclusion, surplomb, occlusion inversée, occlusion croisée, béance, encombrement et diastèmes sont, eux, des caractéristiques qui peuvent apparaître à l’intérieur de n’importe laquelle des trois classes d’Angle :

  • Classe I : l’engrènement des molaires est normal, même si les dents de devant peuvent être chevauchées, tournées ou espacées. C’est la forme la plus fréquente, celle que l’on appelle familièrement « dents mal alignées ».
  • Classe II : ce que la plupart des gens désignent par « dents en avant ». Les dents et la mâchoire supérieures sont décalées vers l’avant par rapport aux inférieures.
  • Classe III : couramment appelée « menton en galoche » ou prognathisme. La mâchoire et les dents du bas se placent devant celles du haut. C’est souvent la classe la plus difficile à corriger.

Terme

Ce qu’il décrit réellement

Lien avec les classes d’Angle

Supraclusion

Recouvrement vertical des incisives du haut sur celles du bas

Une caractéristique, pas une classe — possible en classe I, II ou III

Surplomb (overjet)

Projection horizontale des incisives supérieures vers l’avant

À distinguer de la supraclusion (horizontal contre vertical)

Occlusion inversée

Les incisives du bas se placent devant celles du haut

Correspond globalement à la classe III

Occlusion croisée

Une ou plusieurs dents du haut mordent à l’intérieur de celles du bas

Antérieure ou postérieure ; présente dans toutes les classes

Béance

Les dents antérieures ou latérales ne se touchent pas du tout

Caractéristique verticale, distincte des deux précédentes

Encombrement / diastèmes

Trop peu (encombrement) ou trop (diastèmes) de place sur l’arcade

Le plus souvent associés à la classe I

Les orthodontistes classent également la malocclusion selon son origine. Ces trois origines se recoupent fréquemment :

  • Malocclusion dentaire (alvéolaire) : les os des mâchoires sont bien positionnés, mais certaines dents sont chevauchées ou mal placées — un cas souvent corrigeable avec un simple appareil.
  • Malocclusion squelettique : ce sont les mâchoires elles-mêmes qui présentent un décalage de taille ou de position. C’est le type de cas pouvant relever de la chirurgie orthognathique.
  • Malocclusion musculaire (fonctionnelle) : la musculature guide la fermeture de la mâchoire de travers, indépendamment de la position des os ou des dents.

Les 8 types de malocclusion dentaire les plus courants

A dental chart displaying various types of human teeth malocclusion, comparing a normal bite alignment to common orthodontic issues like overbites, underbites, and crowding.

L’image ci-dessus présente les traits que les dentistes rencontrent le plus souvent. Gardez à l’esprit qu’il s’agit de descriptions de l’aspect de l’occlusion, et non de diagnostics. Plusieurs peuvent coexister dans une même bouche, et chacun d’eux peut se manifester au sein de n’importe laquelle des trois classes d’Angle.

  • Supraclusion (occlusion profonde) : Les dents antérieures supérieures recouvrent les inférieures bien plus qu’elles ne le devraient, allant parfois jusqu’à les masquer presque entièrement. Un problème vertical.
  • Surplomb (overjet) : Les dents antérieures supérieures s’inclinent ou se placent horizontalement en avant des inférieures, le trait que l’on désigne couramment par « dents en avant ». Souvent confondu avec la supraclusion.
  • Occlusion inversée (prognathisme mandibulaire) : Les dents antérieures inférieures se placent devant les supérieures lorsque la mâchoire se ferme. Généralement d’origine squelettique, c’est le trait le plus étroitement lié à la classe III.
  • Occlusion croisée : Une ou plusieurs dents supérieures se placent à l’intérieur des dents inférieures au lieu de l’extérieur. Cela peut toucher les dents antérieures, les dents postérieures ou un seul côté, et peut amener la mâchoire à se décaler latéralement pour trouver une position confortable.
  • Béance (occlusion ouverte) : Les dents antérieures ne se touchent pas du tout lorsque les dents postérieures sont en contact, laissant un espace visible. Fréquemment associée à une succion du pouce prolongée ou à une déglutition atypique avec poussée linguale.
  • Encombrement : La mâchoire ne dispose pas d’assez de place pour toutes les dents, qui se chevauchent, pivotent ou sortent de l’alignement. La raison la plus fréquente de consulter en orthodontie.
  • Diastèmes (espacement excessif) : Le problème inverse : des espaces visibles entre les dents, dus à des dents petites par rapport à la mâchoire ou à des dents manquantes.

Quelle est la fréquence de la malocclusion dentaire ?

La malocclusion dentaire est extrêmement répandue. Une revue systématique parue en 2020 dans l’European Journal of Paediatric Dentistry situe la moyenne mondiale à 56 %, avec des sommets en Afrique (81 %) et en Europe (72 %). À nuancer toutefois : les études incluses affichaient des résultats allant de 11 % à 99 %, ce qui traduit une réelle absence de consensus sur la façon de mesurer le phénomène.

La même revue met en évidence un point notable : la prévalence reste stable, autour de 54 %, aussi bien en denture temporaire (dents de lait) qu’en denture mixte et définitive. Autrement dit, un enfant ne « perd » généralement pas sa malocclusion à mesure que les dents définitives sortent — et c’est précisément pour cela qu’un dépistage précoce compte.

En France, l’orthodontie concerne une part importante des adolescents : l’Assurance Maladie enregistre chaque année des centaines de milliers de demandes d’entente préalable pour un traitement d’orthopédie dento-faciale chez les moins de 16 ans. En revanche, aucune donnée fiable ne permet de ventiler la malocclusion par sexe ou par origine : méfiez-vous des sites qui affichent ce type de chiffre avec assurance.

Quelles sont les causes d’une malocclusion dentaire ?

La plupart des cas résultent d’un mélange d’hérédité et d’habitudes. Les sources médicales de référence décrivent la malocclusion comme majoritairement héréditaire, tandis qu’une revue d’études sur jumeaux publiée en 2020 dans Progress in Orthodontics montre que la génétique façonne surtout l’architecture osseuse des mâchoires (largeur et longueur d’arcade), alors que la position des dents et les compensations musculaires dépendent davantage des habitudes et de l’environnement. Aucun chiffre du type « X % génétique » n’est scientifiquement défendable : toute répartition présentée comme exacte relève de la simplification.

Catégorie de cause

Exemples

Ce que montrent les données

Hérédité / génétique

Décalage de taille entre les mâchoires, profil familial

Lien fort avec la largeur, la longueur d’arcade et l’encombrement

Habitudes de l’enfance

Succion du pouce ou tétine au-delà de 3–4 ans

Risque de malocclusion jusqu’à 4,25 fois plus élevé

Respiration et posture buccale

Respiration buccale chronique, poussée linguale

Associées à un surplomb accru et à une béance

Perte dentaire / caries

Perte précoce des dents de lait

Les dents voisines migrent, créant un encombrement

Traumatisme / structure

Fracture de la mâchoire, fente labio-palatine, prothèses mal ajustées

Bien établis, même si les taux exacts ne sont pas publiés

S’y ajoutent d’autres facteurs de risque : antécédents familiaux, succion prolongée, respiration buccale chronique, caries non soignées, traumatismes dentaires, fentes labio-palatines et bruxisme (grincement des dents). Si la malocclusion est familiale, vous ne pourrez sans doute pas l’éviter totalement — mais plusieurs des facteurs environnementaux ci-dessus peuvent être pris en charge tôt.

Signes et symptômes d’un mauvais alignement dentaire

Les signes sont ce que vous ou votre dentiste pouvez observer ; les symptômes sont ce que vous ressentez. Beaucoup de personnes ont l’un sans l’autre.

Signes visibles : dents chevauchées, tordues ou espacées, profil du visage inhabituel, incisives qui ne se rejoignent pas correctement.

Symptômes : gêne à la mastication ou pour croquer, morsures involontaires de la joue ou de la langue, légère difficulté d’élocution occasionnelle (peu fréquente), respiration par la bouche, douleurs ou tensions au niveau de la mâchoire.

Comment diagnostique-t-on une malocclusion dentaire ?

Le diagnostic se pose généralement lors d’un examen dentaire de routine, au cours duquel le praticien vérifie l’emboîtement des dents postérieures. Selon le cas, suivent des empreintes, des photographies, des radiographies ou une orientation vers un orthodontiste.

Le calendrier a son importance. L’American Association of Orthodontists recommande un bilan dès 7 ans, même sans anomalie visible ; en France, la Société française d’orthopédie dento-faciale et les dispositifs de prévention « M’T dents » situent ce premier contrôle autour de 6 à 9 ans. La logique est la même : la mâchoire est encore en croissance, et certains décalages peuvent être guidés à ce stade plutôt que corrigés plus lourdement ensuite. Le traitement est en règle générale plus rapide chez l’enfant et l’adolescent ; les durées publiées vont de 6 mois à plus de 2 ans, avec une moyenne fréquemment située autour de deux ans.

Conséquences possibles en l’absence de traitement

Ne pas traiter une malocclusion ne garantit pas l’apparition de problèmes. Mais pour les cas plus marqués, les conséquences d’une malocclusion dentaire peuvent être réelles. Voici un état des lieux honnête, sans dramatisation :

  • Caries et maladies parodontales — des dents chevauchées se nettoient moins bien, ce qui augmente le risque sur le long terme.
  • Douleurs de mâchoire et dysfonctionnements de l’ATM — une méta-analyse de 2025 relève qu’environ 43 % des patients présentant une malocclusion souffrent également d’un trouble temporo-mandibulaire. Une revue exploratoire de la même année invite toutefois à la prudence : il s’agit d’une association, non d’un lien de cause à effet démontré, ces troubles étant multifactoriels.
  • Difficultés d’élocution et de mastication — possibles dans les formes sévères, mais relativement rares.
  • Estime de soi et vie sociale — une raison de consulter liée à la qualité de vie, tout aussi légitime qu’un symptôme physique.

La plupart de ces risques restent maîtrisables, voire évitables, avec une prise en charge au bon moment.

Peut-on prévenir une malocclusion dentaire ?

En partie. Les formes héréditaires ne se préviennent pas, mais plusieurs facteurs extérieurs se gèrent :

  • Faire cesser la succion du pouce ou de la tétine vers 3–4 ans
  • Maintenir des visites de contrôle régulières pour dépister caries et pertes dentaires précoces
  • Remplacer rapidement une dent de lait manquante afin d’éviter la migration des voisines
  • Faire évaluer tôt une respiration buccale chronique
  • Programmer un bilan orthodontique vers 6–7 ans : l’étape la plus fiable de toutes

Voyez donc la prévention moins comme « éviter totalement la malocclusion » que comme le fait de repérer et de maîtriser suffisamment tôt les facteurs sur lesquels vous avez prise, avant qu’ils ne se cumulent en un cas plus complexe à traiter.

Traitements : de l’appareil dentaire à la chirurgie de la mâchoire

La majorité des cas se traitent sans chirurgie. Les appareils multi-attaches (bagues métalliques ou céramiques) et les gouttières transparentes de type Invisalign restent la solution de première intention pour la grande majorité des patients, suivies d’une contention destinée à stabiliser le résultat. Chez l’enfant en croissance, un disjoncteur palatin (idéalement vers 7–8 ans), une force extra-orale ou une mentonnière peuvent orienter le développement des mâchoires, et une extraction permet de libérer de la place en cas d’encombrement.

Les options non chirurgicales en un coup d’œil : bagues, gouttières transparentes, contention, disjoncteur palatin, force extra-orale ou mentonnière, extraction dentaire.

Pour les cas squelettiques sévères, la chirurgie orthognathique repositionne les mâchoires afin que l’occlusion se referme enfin correctement. En France, elle est réalisée en service de chirurgie maxillo-faciale, à l’hôpital ou en clinique, et prise en charge par l’Assurance Maladie lorsqu’elle est médicalement justifiée. Ces situations complexes ne reposent presque jamais sur un seul praticien : les consultations pluridisciplinaires réunissent orthodontistes, chirurgiens maxillo-faciaux et spécialistes de dentisterie restauratrice, parfois épaulés par des orthophonistes ou des ORL. Enfin, lorsque des habitudes comme la succion du pouce ou la respiration buccale entretiennent le problème, la correction de l’habitude elle-même — au besoin par une rééducation myofonctionnelle — fait partie intégrante du plan de traitement, en parallèle de l’appareil.

Un cas d’école historique : la « mâchoire des Habsbourg »

L’un des exemples de malocclusion de classe III les plus frappants de l’histoire est la « mâchoire des Habsbourg » : ce menton proéminent transmis de génération en génération dans la dynastie régnant sur l’Espagne et l’Autriche, immortalisé par les portraits de Diego Vélasquez. Une étude génétique publiée en 2019 dans Annals of Human Biologya établi un lien entre des coefficients de consanguinité élevés sur plus de 20 générations et un prognathisme mandibulaire d’autant plus marqué.

Le cas le plus extrême fut celui de Charles II d’Espagne : son coefficient de consanguinité de 0,25 équivalait à celui d’un enfant né de frère et sœur, avec une mâchoire si projetée en avant que, selon un témoignage de l’époque, ses dents ne parvenaient même plus à se toucher. Une illustration spectaculaire de la force avec laquelle la génétique peut modeler la forme osseuse d’une malocclusion.

Combien coûte le traitement d’une malocclusion dentaire ?

Aucune instance dentaire ou médicale ne publie de tarif officiel : le coût dépend de votre cas, du praticien et de la région. Tout chiffre unique avancé sur Internet est donc à prendre avec précaution.

En France, la prise en charge repose sur l’entente préalable de l’Assurance Maladie : le traitement d’orthopédie dento-faciale n’est remboursé que s’il débute avant le 16ᵉ anniversaire, à raison de six semestres maximum, sur une base de remboursement d’environ 194 € par semestre. Comme les honoraires réels tournent plutôt autour de 600 à 900 € par semestre, le reste à charge dépend largement de votre mutuelle.

Pays / système

Ce qui est généralement pris en charge

France — Assurance Maladie

Remboursement à 100 % de la base (≈ 194 €/semestre) pour les moins de 16 ans, sous entente préalable

France — mutuelle et reste à charge

Traitement complet : 2 000 à 5 000 € ; gouttières transparentes souvent 3 500 à 6 000 €

France — adultes

Aucun remboursement, sauf préparation à une chirurgie orthognathique

Belgique — INAMI

Remboursement partiel si la demande est introduite avant le 15ᵉ anniversaire ; sinon, à charge du patient

Suisse

Couverture LAMal réservée aux infirmités congénitales ; sinon assurance complémentaire, coût courant de 8 000 à 16 000 €

Québec — RAMQ

Orthodontie non couverte hors dysmorphoses sévères ; secteur privé, de 3 000 à 5 500 €

Chirurgie de la mâchoire

Prise en charge lorsque l’indication est médicale, dans les cas squelettiques

Le schéma est le même partout dans l’espace francophone : les systèmes publics réservent la prise en charge aux cas les plus sévères, non au confort esthétique — et le recours au privé reste la norme pour les malocclusions plus légères. Nous n’avons par ailleurs trouvé aucun chiffre solide et spécifique sur le coût de la malocclusion pour les systèmes de santé (la statistique souvent citée des « 45 % de la population mondiale touchée » concerne les maladies bucco-dentaires en général). Un devis personnalisé reste donc bien plus fiable qu’une moyenne trouvée en ligne.

FAQ

Les animaux souffrent-ils aussi de malocclusion ?

Oui. La littérature vétérinaire confirme que chiens, chats et lapins peuvent en développer une, même si, chez certaines races de chiens à face aplatie, ce schéma d’occlusion est considéré comme normal pour la race.

Non. La supraclusion désigne un recouvrement vertical des incisives supérieures ; l’occlusion inversée signifie que les dents du bas se placent devant celles du haut, ce qui se rapproche d’une classe III.

Vers 6 à 7 ans, même en l’absence d’anomalie visible, afin de pouvoir guider la croissance des mâchoires si nécessaire.

Dans les cas liés à une croissance en cours ou à des habitudes non corrigées, oui. Tous n’évoluent cependant pas défavorablement, et certaines conséquences avancées — comme un lien direct avec les troubles de l’ATM — relèvent d’une association, pas d’une certitude.

Les deux, selon la caractéristique concernée : la taille et la forme des mâchoires sont fortement héritées, tandis que supraclusion, surplomb et occlusion croisée dépendent davantage des habitudes et de l’environnement.

Oui. Le traitement est plus long que chez l’enfant, mais bagues, gouttières et, dans les cas sévères, chirurgie orthognathique restent efficaces à tout âge.

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